A LA LOUPE 6

Roumanie : autour de Constanta, le chapelet des stations balnéaires.


Constanta, au bord de la mer Noire, cultive son illustre passé. Fondée par des colons grecs au VIème siècle avant JC, elle fut définitivement conquise par les légions romaines de Trajan au début du IIème siècle de notre ère. Baptisée Tomes par les Romains, elle devint une pièce maîtresse dans le Limes, ce gigantesque dispositif de défense de l'Empire romain face aux invasions barbares venues de l'Est. Pour de sombres raisons politiques ou religieuses, le grand poète Ovide, né en 43 avant JC, y fut exilé en l'an 8 par l'empereur Auguste. Il y mourut neuf ans plus tard, isolé et déprimé. Sa statue se dresse sur la place centrale - la place Ovide - de la vieille ville, sous laquelle dorment les fondations de Tomes.

Aujourd'hui, Constanta est encadré par un chapelet de stations balnéaires construites dans les années 1970. La riviera des années de plomb, où venaient barboter les touristes du bloc de l'Est. Et ceux de l'Ouest aussi : en pleine dictature de Ceaucescu, jusqu'en 1984 tout au moins, le Club Méditerranée avait pignon sur rue à Mamaia, l'une des plus grandes stations balnéaires à la sortie de Constanta. D'après Tudor, professeur de français qui y fut traducteur un temps, des charters entiers venaient y déverser des touristes français venus passer une semaine au Club Med à des prix défiants toute concurrence. Contact avec la population réduit au strict minimum. Vacances en vases clos, prisonniers d'un paradis de quatre hectares gardés par douze soldats répartis tout autour…

Club Med ou pas, l'affection des Roumains pour leurs stations balnéaires ne s'est jamais démenti, et chaque été c'est la même ruée vers les plages de Mamaia, Eforie Nord, Eforie Sud, Olimp, Neptune, Jupiter, Venus… Des noms aux douces consonances mais qui tranchent avec ces interminables enfilades d'hôtels, blocs de béton reproduits à l'infini. Personne n'habite ces villes toute l'année. L'hiver, elles sont désertées, livrées au vent, aux embruns, aux feuilles mortes, aux chiens errants et aux probables vigiles cachés derrière quelques persiennes.

Voir aussi le reportage paru dans Le figaro du 23 janvier 2001